L'alerte ne vient plus seulement des sceptiques. En juin 2026, la Banque des règlements internationaux a comparé le boom de l'IA aux grandes bulles financières du passé. Oracle a dévissé, les hyperscalers engagent des centaines de milliards sans garantie de rentabilité, et les entreprises clientes commencent à s'inquiéter de leurs factures. Décryptage, sans catastrophisme.
Le 28 juin 2026, la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque des banques centrales, a publié son rapport économique annuel. Le chapitre s'intitule « Progress and peril », progrès et péril. Elle y compare ouvertement l'euphorie actuelle autour de l'IA à quatre emballements historiques : la fièvre des canaux des années 1830, la « railway mania » britannique des années 1840, l'exubérance de l'électrification des années 1920 et la bulle internet de 2000. Tous se sont terminés par un retournement de l'investissement et une récession.
Son constat chiffré est net : les cinq plus grands hyperscalers doivent dépenser plus de 1 000 milliards de dollars en investissements liés à l'IA entre 2025 et 2026, un rythme qui « dépasse leurs bénéfices et leur trésorerie disponible ». Le risque, selon la BRI, est qu'une déception sur les retours transforme ce boom d'investissement en « bust prolongé », avec des effets en chaîne sur les conditions financières.
La BRI n'est pas seule. La Banque d'Angleterre juge les valorisations « tendues », proches du pic de la bulle internet sur certaines mesures (octobre 2025). Le FMI, la BCE et la Réserve fédérale ont tous alerté fin 2025 sur le risque d'une « correction brutale ». Dans l'enquête de la Fed de mai 2026, près d'un professionnel sur deux cite désormais l'IA comme un risque majeur pour la stabilité financière, contre un sur trois six mois plus tôt.
La BCE le souligne : contrairement aux stars de la bulle internet, les hyperscalers d'aujourd'hui affichent de fortes marges, une croissance solide, peu de dette et des revenus diversifiés. C'est pourquoi la plupart des institutions parlent de « valorisations tendues » et de « concentration », plus que de « bulle » au sens strict. La nuance compte : le risque n'est pas que ces géants s'effondrent, mais que le marché révise brutalement ses attentes.
Aucune entreprise n'incarne mieux le retournement d'humeur qu'Oracle. Le 10 septembre 2025, son action bondissait de 36 % en une séance, sa meilleure depuis 1992, portée par un carnet de commandes cloud passé à 455 milliards de dollars. Larry Ellison devenait brièvement l'homme le plus riche du monde.
Dix mois plus tard, le vent a tourné. Fin juin 2026, Oracle a signé sa pire semaine de Bourse depuis 2001 et l'éclatement de la bulle internet, avec un plongeon d'environ 19 % en cinq jours. Depuis son sommet, l'action a perdu près de 58 %. En cause : l'inquiétude sur la dette contractée pour financer ses datacenters et sur la solvabilité de ses clients IA. La dette d'Oracle a grimpé autour de 130 milliards de dollars, sa trésorerie disponible est devenue négative, et Moody's a abaissé sa perspective à négative en pointant un « risque de contrepartie ».
Le cœur du risque tient dans un seul contrat. Selon le Wall Street Journal (10 septembre 2025), Oracle et OpenAI auraient signé un accord de calcul d'environ 300 milliards de dollars sur cinq ans, à partir de 2027, soit près de la moitié du carnet de commandes d'Oracle. Or OpenAI a réalisé environ 13 milliards de dollars de revenus en 2025 et prévoit de perdre de l'argent jusqu'en 2028. Toute la question est de savoir si le client pourra payer les capacités que le fournisseur construit pour lui.
La BRI pointe un montage préoccupant : fabricants de puces et hyperscalers prennent des participations dans les laboratoires d'IA, qui leur rachètent ensuite puces et cloud. Nvidia investit dans OpenAI, détient une part de loueurs de GPU, et ainsi de suite. La formule qui circule résume la fragilité : « si OpenAI ne peut pas payer Oracle, Oracle ne peut pas payer Nvidia ». La BRI note que ces accords sont « mal divulgués », avec le risque qu'un même actif serve plusieurs fois de garantie.
Amazon, Microsoft, Google et Meta ont investi ensemble de l'ordre de 400 milliards de dollars en infrastructures en 2025, et visent bien davantage en 2026 : environ 200 milliards pour Amazon seul, 180 à 190 milliards pour Google, 125 à 145 milliards pour Meta. Le tout sans certitude sur la date, ni même l'existence, d'un retour à la hauteur des sommes engagées.
Leurs dirigeants ne s'en cachent plus. Mark Zuckerberg admet que « gaspiller quelques centaines de milliards serait regrettable », tout en jugeant le risque « plus grand de l'autre côté », celui de construire trop lentement. Sundar Pichai reconnaît des « éléments d'irrationalité » et prévient qu'« aucune entreprise ne sera immunisée, nous compris », si la bulle éclate. Sam Altman lui-même estimait dès août 2025 que les investisseurs étaient « surexcités » et que « quelqu'un va perdre énormément d'argent ».
Si une bulle éclate, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Les grands fournisseurs de cloud survivraient probablement : ils disposent d'une trésorerie nette, de revenus diversifiés, de contrats longs et du contrôle des ressources rares (électricité, terrains, permis, raccordements). C'est la différence majeure avec les opérateurs télécoms surendettés de l'an 2000.
Les plus exposés se situent en aval : les loueurs de GPU purs (les « neoclouds », dont l'un affiche plus de 21 milliards de dette et un cours divisé par plus de deux depuis son pic), Oracle, les start-ups déficitaires, les fabricants de matériel, les sous-traitants, et les clients qui auraient tout misé sur un seul fournisseur. Une correction assainirait les valorisations, mais elle ferait des victimes bien réelles.
Le doute ne porte plus seulement sur les marchés financiers. Côté clients, une préoccupation monte : le manque de contrôle, de transparence et de prévisibilité des coûts des modèles propriétaires. Selon la FinOps Foundation, 73 % des entreprises déclarent que leurs dépenses d'IA ont dépassé leurs prévisions. À l'usage, une facture peut déraper vite, et le verrouillage guette dès que les processus sont calibrés pour un fournisseur précis.
S'ajoute le risque de disponibilité : un modèle peut être retiré, restreint ou renchéri du jour au lendemain, pour des raisons réglementaires ou commerciales que le client ne maîtrise pas. Nous l'avons documenté dans notre article sur la suspension de Fable 5 et Mythos 5.
Même la volonté de dépenser se heurte à la réalité matérielle. Les datacenters pesaient environ 1,5 % de l'électricité mondiale en 2024, une part qui devrait doubler d'ici 2030 selon l'Agence internationale de l'énergie. Aux États-Unis, ils pourraient atteindre jusqu'à 12 % de la consommation nationale en 2028. Or construire une ligne à haute tension prend quatre à huit ans, et les délais de livraison des transformateurs et des turbines à gaz ont explosé.
À cela s'ajoute l'opposition locale. Un sondage Gallup de mars 2026 montre que 71 % des Américains refusent un datacenter près de chez eux. En Virginie, le méga-projet « Digital Gateway » (près de 25 milliards de dollars) a été définitivement enterré début juillet 2026. En Irlande, un moratoire de fait sur les raccordements à Dublin n'a été levé, sous conditions strictes, qu'en décembre 2025. Ces contraintes rendent les plans d'expansion bien plus incertains qu'ils ne le paraissent sur les diapositives des investisseurs.
La plupart des observateurs convergent vers un même scénario : une phase de resserrement, un « squeeze », où les acteurs de l'IA devront prouver leur rentabilité ou augmenter fortement leurs prix. Le cabinet Bain estime qu'il faudrait 2 000 milliards de dollars de revenus annuels d'ici 2030 pour financer les capacités prévues, et qu'il pourrait manquer 800 milliards à l'appel. Le fonds Sequoia posait déjà, dès 2024, sa « question à 600 milliards ».
Le paradoxe, c'est que les prix subissent une double pression. Vers le haut : les offres premium à 200 dollars par mois et la facturation à l'usage réel se multiplient. Vers le bas : l'arrivée de modèles très bon marché, comme DeepSeek début 2025, a déclenché une guerre des prix. Le « squeeze » naît précisément de cette collision entre la nécessité de dégager des marges et la banalisation du calcul.
L'histoire invite à la nuance. Après l'éclatement de la bulle internet, les opérateurs télécoms avaient massivement surinvesti dans la fibre optique. Beaucoup ont fait faillite, dont WorldCom, mais l'infrastructure posée est devenue l'épine dorsale de l'internet moderne. La « railway mania » du XIXe siècle a ruiné des actionnaires, les titres ferroviaires chutant de 65 %, tout en triplant le réseau britannique. Bon pour la société, douloureux pour l'investisseur pressé.
Une réserve honnête : contrairement à la fibre, passive et utile pendant des décennies, les puces d'IA se déprécient vite (de l'ordre de 20 % par an) et vieillissent en quelques années. Ce qui survivra intact, c'est surtout la « coquille » : bâtiments, réseau électrique, fibre, terrains et permis, pas forcément le silicium qui s'y trouve aujourd'hui.
C'est le sens de la formule de Jeff Bezos, qui parle d'une « bulle industrielle » plutôt que purement financière : « quand la poussière retombe et que l'on voit qui sont les gagnants, la société en profite. L'IA est réelle, et elle va transformer chaque secteur. » Bulle et technologie réelle ne s'excluent pas.
Vous n'avez pas à trancher le débat « bulle ou pas ». Quatre réflexes restent gagnants quel que soit le scénario.
Adoptez une architecture multi-modèles, gardez vos prompts et vos données portables. La liberté de changer de fournisseur est votre meilleure assurance.
Plafonds, alertes, suivi par cas d'usage, revue trimestrielle. Une démarche FinOps évite les mauvaises surprises sur la facture.
Clauses de continuité de service, de sortie et de rétention des données. Méfiez-vous du verrouillage technique autant que commercial.
Pas sur la hype. Un projet pilote qui ne produit pas de valeur mesurable doit être arrêté ou revu, pas prolongé par habitude.
La bulle est peut-être réelle. La technologie l'est tout autant. Les organisations qui traverseront le mieux une éventuelle correction sont celles qui traitent l'IA comme un fournisseur critique, mesurent sa valeur, et gardent leur liberté de manœuvre.
Les banques centrales (BRI, BCE, Banque d'Angleterre) parlent surtout de « valorisations tendues » et de risque de correction, plus que de bulle au sens strict. La nuance : contrairement à 2000, les grands acteurs sont très rentables et peu endettés.
Les grands fournisseurs de cloud survivraient probablement. Les plus exposés sont les loueurs de GPU, les fournisseurs, les sous-traitants et les clients dépendant d'un seul acteur. Pour une entreprise utilisatrice, le vrai risque est la hausse des prix et la disponibilité.
Quatre réflexes : ne pas dépendre d'un seul fournisseur, piloter les coûts comme un budget cloud (FinOps), exiger réversibilité et transparence contractuelle, et juger chaque cas d'usage sur son ROI réel.
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Évaluer ma stratégie IATransparence : cet article a été rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle, puis relu par Molderez Consult SRL.