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Droit & IA 10 min

Droit d'auteur et IA : États-Unis, Chine, Europe, qui protège quoi ?

La Cour suprême américaine a refusé, le 2 mars 2026, d'entendre l'appel de l'affaire Thaler : une image purement générée par IA n'est pas protégée par le copyright. C'est définitif aux États-Unis. Mais au même moment, des tribunaux chinois accordent une protection à des images d'IA, et l'Europe affine sa propre doctrine. Trois blocs, trois philosophies. Voici la comparaison vérifiée, puis ce que cela change concrètement pour un entrepreneur belge, jusqu'à la couverture de votre livre générée avec DALL-E.

Le déclencheur : la Cour suprême US tranche

L'affaire a duré quatre ans. En 2022, le Copyright Office refuse d'enregistrer « A Recent Entrance to Paradise », une image que Stephen Thaler attribuait à sa machine, sans auteur humain. En mars 2025, la cour d'appel confirme : la loi américaine exige un auteur humain. Le 2 mars 2026, la Cour suprême refuse d'entendre l'appel. La règle est donc fixée.

Ce que ça veut dire, concrètement

Une image générée sans intervention humaine substantielle (ChatGPT, Midjourney, Adobe Firefly) tombe dans le domaine public aux États-Unis. Vous la publiez, n'importe qui peut la réutiliser, la modifier, la vendre, légalement et sans vous payer. Nuance importante et confirmée : si vous guidez fortement le processus (prompts précis, itérations, retouches), une protection partielle peut couvrir votre apport humain. La frontière, elle, reste appréciée au cas par cas.

Trois philosophies du droit d'auteur IA

Le point commun aux trois blocs, qui répond déjà à une partie de vos questions : l'IA n'est jamais titulaire de droits. Là où ils divergent, c'est sur le seuil d'apport humain exigé, et sur la facilité avec laquelle un juge l'estime atteint.

SituationÉtats-UnisChineUE / Belgique
IA seule, sans apport humainPas de copyright (Thaler, définitif 2026)Pas de copyrightPas de protection
IA + apport humain substantielParties humaines protégeablesProtégeable si l'effort créatif est prouvéProtégeable si « création intellectuelle propre »
Charge de la preuveSur le demandeurStricte : montrer le processus réelAu cas par cas (choix libres et créatifs)
L'IA peut-elle être l'auteur ?JamaisJamaisJamais

États-Unis : doctrine stricte de l'auteur humain, désormais verrouillée. Chine : plus ouverte. Dès 2023, le tribunal d'Internet de Pékin (affaire Li contre Liu) a reconnu un droit d'auteur sur une image Stable Diffusion, au motif que l'utilisateur avait fait des choix créatifs (conception, sélection et arrangement des prompts, réglages, itérations). En 2025, les juges ont toutefois relevé l'exigence de preuve : il faut démontrer le processus réel de création, pas une reconstitution a posteriori. UE et Belgique : approche centrée sur la créativité humaine. La Cour de justice de l'UE exige une « création intellectuelle propre à l'auteur ». Une production purement machine est exclue. Le Parlement européen, dans ses travaux de 2026, confirme que le contenu sans auteur humain doit rester inéligible, et propose de l'étiqueter ; l'EU AI Act impose déjà transparence sur les données et marquage des contenus IA.

En Belgique, concrètement : image, texte, calcul, formule

Le principe belge suit l'UE : la protection naît de votre apport créatif humain, pas du fait d'avoir cliqué sur « générer ». Décliné à vos exemples :

Droit de conception, ou droit de l'IA ?

Vous posez la bonne question de fond. Distinguons l'établi et la proposition.

Ce qui est établi

Il n'existe pas de « droit de l'IA ». Une IA n'est pas une personne juridique : elle ne peut rien détenir, ni signer, ni être payée, ni être taxée. Le projet de « personnalité électronique » avancé au Parlement européen en 2017 a été abandonné après l'opposition de plus de 150 experts. Le seul titulaire possible d'un droit reste donc humain (ou la société qui l'emploie).

Notre lecture, là où le droit est encore mouvant. Ce que vous appelez « droit de conception » n'est pas une nouvelle catégorie à créer : c'est la reconnaissance, au cas par cas, de votre contribution humaine de direction, à savoir le prompt élaboré, la sélection, l'itération et la retouche. C'est exactement ce que la Chine protège déjà sous condition de preuve, et la pente que suit l'analyse européenne. Notre proposition pour les entreprises : raisonnez en « dossier de conception ». Conservez la trace de vos choix créatifs (briefs, versions, prompts retenus, retouches) comme on conserve les croquis d'un graphiste. C'est ce dossier, et non l'outil, qui fera la différence devant un juge ou un client.

Et l'argent ? Qui est taxé, l'IA peut-elle vous réclamer une part ?

Prenons votre cas : vous créez la couverture de votre livre avec DALL-E, le livre se vend bien. L'IA peut-elle vous réclamer de l'argent, comme l'aurait fait un illustrateur ?

Non. L'IA n'a aucune existence juridique pour réclamer quoi que ce soit. Et le fournisseur non plus : les conditions d'OpenAI vous cèdent les droits sur la sortie et n'imposent aucune redevance sur vos ventes. Vous payez un abonnement ou un usage, comme un outil, pas un co-auteur. L'illustrateur, lui, vous facturait un honoraire et payait ses propres impôts dessus ; l'IA, elle, ne facture rien sur le succès du livre. Côté fiscal, c'est limpide : l'IA n'est pas un contribuable. C'est vous (ou votre société) qui percevez les revenus du livre et qui êtes imposé dessus, comme tout revenu d'auteur ou d'entreprise en Belgique. La dépense d'abonnement IA est, elle, une charge déductible.

Les vraies contreparties

L'IA ne vous enverra pas de facture, mais l'absence de coût a un prix. Votre couverture purement générée peut n'être protégée par aucun droit d'auteur : un concurrent peut la reprendre. Elle peut aussi reproduire par accident des éléments protégés de tiers, et exposer à un litige. Enfin, les conditions du fournisseur peuvent évoluer. Le bon réflexe : ajouter un apport humain réel et documenté, et faire une revue avant publication ou impression.

Et demain ? L'idée d'une « taxe sur la production des machines » revient régulièrement dans le débat (la fameuse « robot tax »), mais aucune n'a été adoptée à ce jour. Si elle voyait le jour, elle frapperait l'entreprise qui exploite l'IA, jamais le modèle lui-même. Le principe reste donc stable : l'humain produit, l'humain encaisse, l'humain est taxé.

Ce qu'il faut retenir

1

Pur IA = fragile partout

Aux États-Unis comme en Belgique, une sortie sans apport humain n'est pas protégée. La Chine peut protéger, mais exige des preuves solides.

2

Documentez votre conception

Vos choix créatifs (prompts, versions, retouches) sont la matière de tout droit. Conservez-les comme un dossier de création.

3

L'IA ne vous réclamera rien

Pas de royalties, pas d'impôt sur « sa » production. Vous percevez et vous êtes taxé, comme avant l'IA.

4

Vérifiez avant de vendre

Revue humaine, contrôle des éléments de tiers, lecture des conditions du fournisseur. Lié à notre guide sur la propriété du code IA.

Sources

Sécuriser vos créations assistées par IA ?

Molderez Consult vous aide à organiser la traçabilité de votre apport humain, vos contrats et vos vérifications avant publication, pour protéger vos contenus et limiter les risques.

Cadrer mes créations IA

Transparence : cet article a été rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle, puis relu par Molderez Consult. Information générale vérifiée le 19 juin 2026, elle ne constitue pas un avis juridique ni fiscal individualisé ; les passages signalés comme « notre lecture » ou « proposition » sont des interprétations, le droit étant encore en évolution.

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